Je fais (mu)muse


par Béatrice Brillion 


          Je vous présente l’un des petits job qu’il m’arrive de pratiquer de temps en temps histoire d’arrondir les fins de mois et d’adoucir la dure condition étudiante : la pose en atelier ou école d’art. Outre l’intérêt économique, je ne peux nier y voir une passionnante activité.  Là, sous le regard d'une trentaine de dessinateurs, j'enchaîne les poses et m'amuse à incarner une muse à la Rembrandt, Renoir ou Ingres (j’avais déjà évoqué mon rêve ici : Je suis anachronique). La première fois, en attendant le moment de rentrer en scène nue, j’ai bien cru que mon coeur allait imploser sous la pression, et je me voyais déjà m’enfuir en courant en hurlant « je veux pas y aller, j’ai changé d’avis ! ». Malgré tout, je me suis fait violence et me suis lancée comme shootée par mon stress. Heureusement, très vite, les poses s’enchainent et l’appréhension s’estompe car bien qu’étant nue et au centre de l’attention générale, les dessinateurs se montrent d’un calme et d’un respect si fort que l’on se sent rassuré. Ce sont des passionnés par le dessin ou la peinture qui voient avant tout dans le corps humain un intéressant sujet graphique. Sans jugement. La nudité est naturelle chez ces artistes qui voient défiler toutes sortes de corps. 

Pour expliquer de façon simple mon rapport au travail de modèle vivant, je dirais que conformément aux idées reçues, cela demande d'être assez à l'aise avec son corps. Et quand bien même nous ne le serions pas, cela aide grandement à surpasser ses complexes, et plus globalement, à se dépasser. Si je suis capable de rejouer des scènes de tableaux classiques nue devant une trentaine de personnes, pour sûr, je suis capable de tout faire. 

Une fois le soucis de la timidité dépassé, reste un autre élément auquel on ne pense pas forcément au premier abord : la difficulté physique (au sens sportif du terme) des poses acrobatiques dans la durée. Les poses vont de 2 à 45 minutes, et très vite, votre bras tenu en l’air vous suppliera de l’achever. Mise à part cela, la solitude et le silence des poses sont une occasion rêvée pour méditer et réfléchir. 

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           Une fois mon travail terminé, j’apprécie de contempler le travail des artistes, et là on peut s’attendre à tout et rien. Parfois, on se retrouve avec une vision flatteuse de nous-même, parfois l'inverse. Parfois on se sent un peu perplexe face à une illustration de nous même trop idéalisée, ou une quasi caricature qui nous faire prendre 10 kilos. Dans tous les cas, c’est la règle du jeu, et il est intéressant de se confronter aux différentes visions que l’on peut renvoyer. Cette silhouette n’est pas moche aux yeux de celle à qui elle a été inspirée, elle est le reflet de leur sensibilité, leurs goûts, et alors, cela devient presque flatteur ! Artiste comme modèle ressortent enrichis d’une telle expérience. Et je suis heureuse de toucher enfin à mon rêve, celui d’être: 

Une statue antique ! 



Par Grégoire Bonne
Par Lizete de Assis