Non aux diktats de la minceur extrème !

(Ou le fléau des temps modernes qui rend toutes les filles de mon époque névrosées)


         Parmi les causes que je juge justes, s'il y en a bien une qui me donne envie de me pavaner nue dans la rue en brandissant une pancarte et en hurlant, c'est celle qui touche à la liberté corporelle des femmes. Et parmi ces problématique, je me sens particulièrement concernée par l'une d'entre elle : le diktat de la minceur (extrême). Je tiens à cette parenthèse car la minceur en elle même n'est pas un soucis. Chaque corps est comme il est fait, avec sa propre morphologie et son métabolisme propre. Que nous soyons mince, ronde, ou entre les deux, bien souvent, nous n'y sommes pas pour grand chose. Ce qui me semble véritablement malsain en revanche, c'est le fait de vouloir que tous les corps se ressemblent ; et cette dangereuse règle qui veut qu'un corps qui ne se conforme pas soit jugé, voire ridiculisé. 

En découle une véritable pression que ressentent les femmes pour se conformer et se trouver belle. Une pression qui s'exerce sur le talon d'Achille universel : notre beauté, et en prolongation : notre estime personnelle. 

Alors on nous fait croire que la clé du bonheur réside dans le fait de maigrir. Que ces quelques kilos disparus seront autant de grammes de souffrance en moins. Et tout le monde se prête au jeu.  

Être mince ou ne pas être


          Ce qui m'amène à militer tant pour le droit des corps soi-disant atypiques, c'est la souffrance que j'ai ressentie face à mon corps, et son incapacité à maigrir. Comme beaucoup de jeunes femmes, j'ai fantasmé sur ces corps minces, le seul modèle à vrai dire que les médias "glamourisaient". Alors j'ai tout naturellement pensé qu'il fallait être ainsi pour plaire et se plaire. Et lorsque l'on est ado et que la famille, les amis, et même certains inconnus nous font comprendre que l'on est trop grosse, on est prête à tout pour faire fondre ce corps. Résultat, j'ai passé plus de six mois à ne manger qu'une fois la nuit tombée pour la première fois de la journée. Une portion de bébé, que je régurgitais si la malheureuse me pesait un peu trop lourd dans l'estomac. Je manquais de tout ce qui est vital, fer, magnésium etc... Alors certes j'ai perdu du poids, plus de 20 kilos, mais à quel prix. Et le pire dans cette histoire - au delà des dégâts sur ma santé physique et mentale - est peut-être qu'ainsi, je me trouvais encore trop grosse. Au bout d'un moment, je ne pouvais plus tenir ainsi. Mais ci-tôt j'ai recommencé à manger normalement, mon corps a repris le double de ce qu'il avait réussi à perdre. Je suis passée de la taille 44 à 40, puis 48. 

Je parle de mon chemin mais combien de femmes pourront témoigner de leur histoire similaire ? Alors que faire face à cela, si ce n'est envisager un nouveau point de vue et encourager les femmes rondes à apprivoiser et apprécier leur corps tel qu'il est au lieu de faire des bêtises ? De faire de ses formes un atout au service d'une vision de la beauté personnelle et peu répandue. Cela n'est en aucun cas dévalorisant pour les femmes minces, il est juste question de redonner aux femmes rondes la dignité qu'on leur refuse depuis tant de décennies pour favoriser les silhouettes menues.  

It is by celebrating the difference in other that we can begin to accept your own individuality - Kevyn Aucoin  

         J'ai dans l'idée qu'un jour, on apprendrait aux filles non pas à essayer à tout prix de mincir, mais de s'aimer telles qu'elles sont. Au lieu des rubriques "trois leçons pour entrer dans son nouveau maillot de bain", on trouverait "trois leçons pour se trouver belle peu importe sa taille". On peut aussi espérer qu'un jour les mannequins de haute couture ressembleraient à des filles comme vous et moi, aussi bien en taille 36 qu'en 40, 44, 50 ou que sais-je. Et surtout, que cela semblerait tout à fait normal. Peut être qu'ainsi, les femmes de notre génération cesseront de s'autoflageller, et de s'imposer cette permanente torture mentale quant à leur physique pour se focaliser davantage sur leur valeur intellectuelle et leurs capacités. Ainsi, peut être qu'une femme qui répond parfaitement aux critères de beauté ne sera plus simplement considérée comme une bimbo, mais, à l'égard des hommes, comme un être humain porteur d'idées. 



           Tâchons de nous aimer telles que nous sommes, peu importe nos formes, et de nous mettre en valeur comme bon nous semble, et non pas selon des critères imposés par notre société. À quoi bon ressembler à toutes les autres ? 

Affirmons nous, assumons nous, osons, nous avons beaucoup à y gagner en estime personnelle, et il n'y a pas de meilleur remède au mal-être que l'estime de soi. 

Point.